Ici commence le premier volet de trois articles destinés à l’image de la femme au travers des Disney. Ils ne seront pas exhaustif mais je pense suffisamment représentatifs.

 

Ici seules les héroïnes qui constituent des personnages de premier plan ou qui causent un bouleversement dans l’histoire seront abordées.

 

Quel est le point commun de toutes les héroïnes Disney ? Chacune à leur manière est un exemple de la femme parfaite dans son époque.

 

I. Une héroïne au physique parfait

 

Invariablement, l’héroïne est belle. Que se soit Blanche-Neige, Cendrillon, Belle, Jasmine, Esméralda ou encore pour l’anthropomorphisme, Nala, Duchesse ou Bianca, l’héroïne Disney a des traits gracieux. Mais il est intéressant de noter que le physique des héroïnes a évolué en fonction des époques. Ainsi, d’une brune au teint plus que clair, on a vu s’instaurer le règne des blondes aux yeux bleus (Cendrillon, Alice, Aurore, Duchesse a également les yeux bleus). Avec l’arrivée des années 80, les critères ont changés, et le physique des héroïnes est devenu plus éclectique. Ariel est rousse, Belle châtain foncé, Jasmine est la première héroïne typée, même si Shanti dans le Livre de la Jungle a le physique des indiennes à cause du lieu de l’histoire. Par la suite les brunes semblent complètement le pouvoir, y compris lorsque l’histoire se déroule sur le continent européen (Megara, Jane). Tiana quant à elle a beaucoup fait parler car elle est la première héroïne noire.

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Hélène Stanley qui a inspiré plusieurs héroïnes Disney dont Aurore.

 

Pourquoi une telle évolution du physique des héroïnes ? Plusieurs causes peuvent l’expliquer : tout d’abord parce que le public auquel les films étaient destinés a évolué, aussi bien au cœur des Etats-Unis où les « minorités » sont devenues des cibles commerciales que dans les pays où les films sont exportés, les petites filles ne pouvant plus se reconnaitre dans l’héroïne blonde. Ensuite parce que les modèles qui ont servi à la création des héroïnes ont eux aussi changés. C’est en fait parce que les icones de beauté ont évolué que le physique des héroïnes a évolué.

 

Ainsi, Cendrillon a été inspirée par le physique d’Hélène Stanley (qui inspira également celui d’Aurore ou d’Anita), Aurore par celui d’Audrey Hepburn, Alyssa Milano a donné ses traits à Ariel tout comme l’a fait Naomi Campbell pour Pocahontas.

 

L’héroïne Disney, en toute époque se devait d’être belle, contrairement au héros qui lui peut s’accommoder d’un physique moins facile (Quasimodo, La Bête, ou même Dumbo).

 

II. Une héroïne aux valeurs de son époque

 

Si la beauté des héroïnes Disney n’a jamais fondamentalement changé, il n’en a pas été de même en ce qui concerne leur place et les valeurs qu’elles véhiculaient. Et la « libération » des héroïnes Disney a suivi celle des femmes en générale.

 

A. Soit belle et attends.

 

Au commencement, l’héroïne Disney était docile, passive et soumise. Sa seule ambition était de trouver un Prince qui lui apporterait des jours meilleurs. Blanche-Neige fait des tartes aux pommes dans l’espoir de séduire un prince. Shanti chante son rêve de rester une femme au foyer entretenue par son mari pendant que sa propre fille perpétuera la tradition.

D’ailleurs l’héroïne ne fait qu’attendre d’être sauvée par le prince la plupart du temps, soit parce qu’elle en est incapable (entre la vie et la mort pour Blanche-Neige et Aurore) soit parce que l’idée de chercher à se sortir de sa situation actuelle ne l’effleure même pas (Cendrillon).

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Le salut vient toujours du prince qui non content de la sauver lui propose une situation plus qu’enviable.

 

Disney ici ne fait que représenter la femme parfaite de son époque : docile, belle, soumise. L’épanouissement ne peut se trouver que dans le foyer. L’héroïne doit servir de modèle à toutes les petites filles qui doivent recréer le schéma social de la perfect housewife.

 

B. La libération de l’héroïne Disney

 

Mais les temps changent et il devait en aller de même avec les héroïnes Disney.

On peut remonter à 1977 pour trouver une première trace de ce changement en la personne de Bianca. C’est une femme qui siège à SOS Société. C’est donc une femme engagée et impliquée. Elle ne reste pas passive et agit. Fait notable elle est dotée d’un charme indéniable et le sait. D’ailleurs elle n’hésite pas à s’en servir. Mais elle partage l’affiche avec Bernard (qu’elle choisit elle-même) et la capacité d’identification des petites filles au travers de son personnage reste minime.

 

Cette évolution douce continue avec Héloïse dans Taram et le chaudron magique. Si elle n’est qu’un personnage de second ordre, la princesse Héloïse prend part à l’aventure.

 

Le tournant total est marqué par la sortie de la petite sirène (1989). A partir de là, l’héroïne à laquelle la petite peut s’identifier, ne cherchera pas un prince mais juste à vivre sa vie. Elle devient un être humain à part entière et non plus seulement un être qui ne peut exister que grâce à un héros.

 

 Ariel est une rebelle. Ou plutôt une ado. Elle remet en cause le régime patriarcal, veut vivre sa propre vie et non pas celle imposée par son père. Quand elle tombe amoureuse, elle va tout faire pour pouvoir faire vivre son amour et n’attends pas sagement que le Prince Eric se décide à aller la voir. On pourrait reprocher à Ariel son coté cruche et facilement embobinable, mais elle reste l’archétype de l’adolescente. On peut aussi critiquer le message « soit belle et tais-toi, tu y arriveras ». Mais c’est déjà un très grand pas en avant.  

 

Une fois le changement entrepris, les héroïnes seront de plus en plus indépendantes. Elles ne cherchent plus l’amour, il leur tombe dessus alors qu’elles n’y pensaient pas. Elles rêvent, comme les héros, de vivre l’aventure ou du moins une vie autre que celle à laquelle elles sont destinées (Jasmine, Belle), parfois elles y sont contraintes (Mulan, Pocahontas). Elles ont leurs propres valeurs (notamment un grand sens de l’honneur (Mulan, Esmeralda, Belle, Pocahontas) et leurs propres envies. Loin d’être de simples potiches, elles vivent leur aventure. Elles sont intelligentes et cultivées (Belle, Jane) et peuvent même parfois se révéler plus fortes, y compris physiquement que leurs alter egos masculins (Nala qui bat Simba, Esmeralda…) voire aller jusqu’à les sauver (Belle qui sauve la Bête par son amour). Et la tendance ne fait que se confirmer : Tiana, la nouvelle héroïne de La Princesse et la grenouille est indépendante, elle travaille et son seul rêve est de tenir un restaurant. Et le rêve d’un prince charmant ne l’effleure pas une seule fois. Elle sait se servir de ses avantages et travaille au maximum pour atteindre son rêve.

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Disney a dû suivre l’évolution de la place de la femme dans la société, pour ne pas paraître dépassé, pour ne pas non plus perdre de parts de marchés. Les filles constituent une base solide du public Disney, leur fournir des icones qui ne leurs correspondent pas c’était risquer de les perdre. Disney a donc du s’adapter et ses héroïnes qui au départ n’étaient que de simples potiches sont devenues des femmes complètes dotées d’une volonté propre et d’un cerveau, ce qui au fond n’est pas négligeable.